Olivier Hamant nous alerte : miser encore et toujours sur la performance fragilise nos sociétés et nos systèmes de travail. Ceux-ci se spécialisent, se fragmentent, s’épuisent… et risquent de s’effondrer.
Illustrons : de la crise du COVID aux collègues absents et non remplacés, en passant par l’augmentation de la précarité sociale, dont fait partie la classe moyenne, les systèmes dits performants ne parviennent plus à répondre de manière adaptée aux problématiques rencontrées : tri des malades pendant le COVID, burn-out, démissions, chaos social, appauvrissement de la classe moyenne, sentiment d’abandon des laissés-pour-compte, montée de la délinquance. Et l’on nous répète alors que « ça coûte cher ! »… Mais de quoi parle-t-on exactement ? De la Bourse ou de l’humanité ?
Pour comprendre : la performance est le modèle phare des Trente Glorieuses, car nous pensions les ressources comme infinies et que la performance paraît plus rentable à court terme, en promettant toujours plus de richesses. Elle se montre souvent opérante à court terme pour dépasser les autres, entrer en compétition… enrichir les portefeuilles ! Mais lorsque surviennent des aléas à différentes échelles, comment se comportent nos flux tendus ? Du climat à l’instabilité socio-économique de la mondialisation, en passant par les crises du chômage de masse et l’augmentation des burn-out, la performance ne fonctionne plus ! Les solutions d’hier deviennent obsolètes, les humains démissionnent, le climat réagit, les ressources se raréfient ou deviennent inaccessibles (coût de l’énergie, conditions climatiques, crises sociales ou sanitaires, etc.).
Miser sur la robustesse plutôt que sur la performance ?
Le biologiste Olivier Hamant a étudié comment le vivant privilégie la robustesse plutôt que la performance comme réponse aux perturbations et aux changements de toute nature. La robustesse assure davantage d’agilité face aux perturbations. Mais comment ? Voici quelques exemples : pour perdurer, les systèmes vivants diversifient leurs formes de reproduction et, au-delà, multiplient les possibilités de rencontres et d’interactions : le pollen, véhiculé en abondance par le vent, les insectes ou encore la proximité des fleurs, ou encore les spermatozoïdes, propulsés en grand nombre pour atteindre un seul ovule. Ce n’est pas du gaspillage, mais une stratégie de robustesse !
O. Hamant et de nombreux acteurs associés nous aident à faire l’analogie avec nos systèmes de travail afin de changer de paradigme et notre manière d’interagir avec l’environnement. La robustesse se définit comme « le maintien d’un système stable malgré les fluctuations », dixit M. Hamant.
Le premier principe enseigné consiste à poser un regard nouveau sur chaque problème rencontré afin de transformer ce problème et ainsi entrevoir d’autres solutions : un peu comme un recyclage des anciennes solutions par la valorisation du matériau de départ ; ici, le problème de départ… Comment le recycler ?